Mardi 28 septembre 2010 à 20:00
Même si je suis écolo, cet article ne parle pas d'écologie.
L'image est un peu gnangnan mais sur cowblog, pour se faire lire il faut une image.
Hier encore, Léa et moi nous tenions la main en rentrant chez nous du supermarché. Dans la rue, donc. Nous avons croisé un type, il avait peut-être 40 ans, et en passant à côté de nous je l'ai entendu dire quelque chose mais je n'ai pas compris. Léa par contre s'est mise à rire, je lui ai demandé de me répéter : l'homme avait grommelé "Lesbiennes !"; en nous regardant méchamment.
Il faut en rire, il faut en rire et c'est ce qu'on a fait : faux regards de surprise mutuelle, "QUOI tu es LESBIENNE" "Aah, jpensais pas ça de toi!!"
En y repensant je trouve pas ça si drôle, ça m'agace en fait. On est juste bien ensemble, parfois j'oublie qu'on est pas dans la norme. Qu'il y a des gens qui nous considèrent comme malades, qui pensent que nous allons brûler en enfer, ou que nous méritons d'être agressées soit verbalement soit physiquement; des gens qui veulent nous tuer.
Jpensais pas faire un article aussi lourd à la base. Mais c'est vrai. J'aimerais bien pouvoir ne plus avoir peur quand j'ai envie de l'embrasser dans la rue, qu'on ne se fasse plus regarder de travers juste parce que nous sommes deux filles qui nous aimons.
Je dis des choses graves même si j'en ai pas tellement envie. Ca ne me fait pas plaisir, par moments je préfère juste ne pas y penser. C'est plus simple. Je les dis, je les clame parce qu'on en est encore là aujourd'hui et qu'on ne doit pas l'oublier. Sur des forums LGBT (lesbienne-gay-bi-trans) j'ai vu des gens homos dire qu'on devait arrêter de se plaindre, qu'en France c'est un paradis pour les homos comparé à d'autres pays (au Moyen Orient, en Afrique...). Quand on lutte pour une acceptation, pour une démarginalisation (j'emploie ce mot en connaissance du léger problème de la communauté gay qui se ferme sur elle même), on lutte jusqu'au bout, non ? On ne va pas se contenter d'une dépénalisation et d'une dépsychiatrisation. Certes on s'en tire mieux qu'ailleurs. On ne va plus en prison, on n'est plus exécuté, on n'est plus enfermé car considéré comme fou. Aujourd'hui on en est à changer les mentalités.
Cette année j'ai croisé plusieurs fois un homme : dans le métro, dans la rue. Un peu surprenant au départ : il était flamboyant. Il avait le visage maquillé d'un rainbow avec des paillettes. Il avait une casquette je crois, et un sac rainbow aussi reposant sur sa hanche. Divers badges clamant la cause homosexuelle. Sur le coup je n'avais pas vraiment tilté. Il me fascinait un peu, et je le croisais régulièrement, mais je ne comprenais pas vraiment. Je l'ai recroisé récemment.
Entre temps, il y avait eu la gay pride de Lyon, la gay pride de Paris auxquelles j'ai participé. Il y a eu la rencontre avec beaucoup d'amis homos de Léa, et donc des discussions sur le fait de se montrer ou pas, sur où on en est maintenant. Il y a eu Le bleu est une couleur chaude, de Julie Maroh; il y a eu le pamphlet contre l'homophobie de Julie Maroh encore; il y a eu Léa qui a annoncé, après avoir lu ce pamphlet et après avoir parlé à une lesbienne qui était elle-même homophobe, qu'elle voulait militer. Et biensûr il y a eu diverses autres expériences de discrimination dont nous étions le sujet. Avec tout ça, il y avait un véritable avant et après.
J'ai revu l'homme arc-en-ciel. J'étais assise à une terrasse de café avec ma copine, sa soeur et son copain.
Cette fois-ci, il n'était pas maquillé. Il portait des santiags et une veste à franges, veste couverte de badges et de choses rainbows.
Et là je le comprenais. Je l'ai enfin vu comme quelqu'un qui lutte.
Il est passé à côté de nous, et quand je l'ai regardé dans les yeux, il a soutenu mon regard et m'a souri. Il m'a fait un clin d'oeil.
Je sais pas s'il m'a lue, s'il a vu que moi aussi j'étais homo, je sais pas si c'était vraiment important.
J'espère le recroiser bientôt.
Samedi 25 septembre 2010 à 18:42
J'étais à la Technoparade avec ma soeur. Vers Cluny on essayait de se coller derrière un char différent, parce que celui derrière lequel on se trouvait attirait les connards. Donc on a attendu le prochain et on est allées près du 2eme char. C'était le début d'une chanson, mais on entendait que ça montait.
Tout à coup les basses ont résonné à travers mes côtes.
Je ne sentais plus mon coeur, je ne sentais que les basses.
Ca m'a coupé le souffle et bon Dieu que c'était bon.
Jeudi 23 septembre 2010 à 23:01
Cello suite No.1 - prelude
Bach
certains disent que Bach, ce n'est que des maths. Des maths appliquées à la musique. Peut-être. J'aurais aimé pouvoir étudier les mathématiques, je trouve ça pur, je trouve ça magnifique,cependant j'ai choisi de faire autre chose. Je me rappelle à la fac. J'étais sujette à de la béatitude. J'étais aussi sujette à un manque de concentration et de motivation qui ont fait que je n'ai pas excellé en maths, loin de là.
Vivement le jour où je tiendrai un violoncelle.
Je ferais bien une blague "tenir un violoncelle entre mes cuisses", et je suis certaine que ça doit être un instrument très sensuel à jouer. La batterie ce n'est pas vraiment sensuel. Ca me colle des frissons, parfois, plus par jouissance musicale que par sensations mêmes, et il y en a des sensations avec la frappe et l'utilisation de tout le corps, le côté vraiment physique, l'abandon mêlée de rigueur. J'entends ma respiration quand je joue. Quand je joue vraiment, that is. Ca m'arrive aussi quand je dessine.
Pas touché à une batterie acoustique depuis... ? ?
Un jour j'étais à Milonga, le magasin d'instruments de musique où je prenais aussi mes cours. Soudain, le chef de rayon m'appelle (on me connaissait) et me dit qu'une nouvelle batterie venait d'être montée et que ce serait bien si je pouvais la tester. Elle était argentée. Pas pailletée. Une peinture métallique, et ils avaient assorti les cymbales, c'était les Zildjian titane. Le pied, à par la grosse caisse pas assez étouffée. Et j'étais fière. J'ai peur de perdre ça. Je me suis fait tatouer pour me promettre de ne pas oublier la musique, de toute manière je pense que c'est essentiel pour moi, je n'oublierai pas, je ne pourrai pas mettre de côté. Mais la batterie, est-ce-que je vais rester une batteuse? J'aime être une batteuse, j'aime jouer, j'aime le rôle que cela me donne, j'aime le regard des gens quand je l'annonce. J'ai toujours aimé surprendre.
Mais cette année je vais faire du judo. C'est pour me pousser dans ce superbe élan de "je ne suis pas une handicapée du sport" et "je veux exploiter au maximum les possibilités de mon corps". Du coup, je ne sais pas si j'aurai le temps.
Je sais plus ce que je voulais dire à l'origine. Je voulais caser quelque part que j'allais faire péter le look et me refaire percer l'oreille (2 trous de plus?) quand j'aurai des sous. enfin peut-être. Je dis ça en état de privation de sommeil légèrement avancé.
Je rentre à Paris demain. Pas pour longtemps. Je suis bien à Lyon maintenant.
Dimanche 19 septembre 2010 à 23:36
J'écoute Les bras de mer, de Tiersen. Je suis fatiguée, il fait nuit, je le vois par la fenêtre et je le sens avec la lumière artificielle de l'ampoule qui me tape les yeux. Je suis fatiguée. Je connais cette sensation. C'est celle qui m'englobe quand : a) Je n'arrive pas à dormir. b) Je me tiens éveillée parce que je ne veux pas dormir.
Le cas b) m'arrive assez souvent. Ce soir c'est juste parce que j'attends que Léa rentre. En général, c'est parce que je suis stressée, ou angoissée, et que je veux retarder le plus possible ce qui doit arriver plus tard. Cette fatigue qui arrive doucement change la notion du temps. Elle m'en éloigne. Je suis moins conscience de son écoulement incessant. Je flotte dans une bulle atemporelle, où le temps serait juste fixe. Ce n'est pas désagréable. C'est même rassurant, forcément. Jusqu'au moment où je sens que je fatigue trop, soit je n'arrive plus à rester éveillée, soit j'y arrive mais je vois des choses du coin de l'oeil, et ce n'est pas l'angoisse de ce qui doit arriver qui m'attaque mais une simple/complexe angoisse d'épuisement. Et là, je vais dormir. L'inévitable évènement qui m'a amenée à me priver de sommeil est toujours préférable aux crises d'angoisses.
L'année dernière, je suis partie aux Etats-Unis pendant une dizaine de jours. Je suis rentrée en France et le décalage horaire fut violent; De retour à Lyon, de retour aux cours et aux horaires, aux devoirs, au froid de l'hiver Lyonnais, je ne dormais pas. Je me tournais, retournais, j'écoutais la respiration régulière et douce de ma belle à mes côtés. Mais je ne dormais pas. Ca a duré une semaine à peu près. Les premiers soirs je ne dormais que quelques heures, peut-être 2 ou 3. Après plusieurs nuits j'ai décidé de mettre en action la méthode choc de l'auto privation de sommeil pour remettre en ordre mes cycles : toute une nuit j'ai accepté le fait que non, je ne fermerai pas l'oeil, qu'encore une fois le lendemain j'irai en cours avec une tête de déterrée et je dirai "pasdormi" d'un grognement peu communicatif. Et enfin, enfin, l'épuisement pur a pris le dessus sur mon horloge interne complètement paumée et je me suis remise à faire des nuits complètes.
Je pense que quand je m'empêche de dormir je recherche cette sensation (j'ai failli écrire sentiment, je me demande quel mot correspondrait mieux) qui ressemble à la légère apesanteur induite par de l'alcool, de la drogue, peu importe. J'ai la tête plus vide aussi. Mother de Yann Tiersen m'atteint de plus belle. Ce soir je suis calme. Ce ne serait pas la même chose si je n'allais pas bien. Comme avec de l'alcool ou de la drogue. Je ne bois pas quand je suis mal. Je ne fume plus (de joints) en général, ça me rend parano. Et je ne m'empêcherais pas de dormir si je déprimais.
Voilà, pas besoin de drogues.
Juste un peu de conviction et de temps éveillé devant soi.
Vendredi 17 septembre 2010 à 23:05
Je viens de voir un blog tenu depuis 5 ans. Maintenant celle qui l'écrit a 21 ans, elle l'a donc commencé à 16 en pleine période de rébellion adolescente, de manifs lycéennes et de looks gothiques. Et oui, on voit l'évolution; on voit les dessins émos qui illustraient ses articles coups de gueules ou déprime, on voit ses photos avec ses camarades de classe. Aujourd'hui c'est complètement différent. Forcément.
J'oserais jamais montrer ce que j'écrivais il y a longtemps, quand j'ai commencé à blogger. J'écrivais des âneries, je mettais des photos de batteries parce ouais c'est trop classe les batteries, et je parlais de Linkin Park parce que j'étais fan de néo-métal, ouais. Puis je faisais plus ou moins référence à mes amours du moment sans les mentionner explicitement, parce que j'étais une fille comme ça.
N'empêche l'évolution c'est vraiment bien. Je change de blog tous les 2 ans. Je pensais déjà à passer à blogspot, il n'y a pas longtemps, peut-être plus parce que le layout de Cowblog me semble moins élégant que celui de Blogspot maintenant que parce que j'ai encore une fois envie de repartir de zéro. En commençant un nouveau blog c'est une nouvelle page entièrement, sans passé, on choisit ce qu'on montre. On n'est pas obligé d'accepter les phases ingrates (ou considérées comme telles maintenant). On montre ce qu'on veut, comme on veut, on se construit. C'est la magie d'internet.
En relisant mon ancien blog, datant de 2007, j'ai pas si honte. Je l'aime bien. j'aime bien comment j'écrivais, il y a pas mal de superflus mais certaines choses sont justes. J'avais par contre pris la fâcheuse habitude de lancer des propos sur internet plutôt que de confronter les gens qui étaient directement concernés, comme si je ne savais pas qu'ils allaient le lire, c'était lâche. On m'a remise à ma place un peu plus tard et j'ai arrêté. Ca fait bizarre tout de même. Des inclusions de passé. Des commentaires de Caro, des commentaires sans réelle importance, juste des petits mots quotidiens. Maintenant je ne peux que repenser à elle devant la pelouse où ont été éparpillé ses cendres.
J'écrivais de façon plus libre. J'acceptais qu'un blog (un blog-journal intime, où l'on parle de soi) c'est moi-moi-moi. J'ai plus de mal maintenant. Ca me semble futile. Puis je crois bien que les seules à me lire sont ma soeur et ma copine, et j'apprécie, je vous assure. J'aime pas avoir besoin d'être lue. En même temps, j'ai choisi d'être une artiste, j'ai choisi de réussir en disant : "REGARDEZ MOI ET REGARDEZ CE QUE JE SAIS FAIRE."
J'écrivais sur Léa. J'avais dit le nombre de jours où on ne s'était pas parlé (371), je disais que j'avais élaboré un "plan de récupération de Léa" avec ma meilleure amie. Maintenant on habite ensemble. Je ne l'aurai jamais imaginé, à cette époque, ça me semblait tellement irréel.
Il y a tellement de choses que je n'aurai jamais imaginées; tellement de choses.
Je parle d'Aurélie. Je raconte la bague qu'elle m'a donnée. Je n'imaginais pas que je lui ferais mal comme je l'ai fait. Que cette bague se retrouverait rangée dans un de mes tiroirs à souvenirs.
Bref/ on n'en est plus là, on est autre part, il faut tenir, regarde toi maintenant. Avance.